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Le 3 décembre dernier Monsieur Georges PATIENT et Marie-Laure PHINERA-HORTH sénateur.rices de Guyane ont déposé en première lecture au Sénat un texte visant à abroger la loi dite « HULOT » dans les territoires ultramarins. Adoptée en 2017, la loi HULOT, portée à l’époque par le ministre de la Transition écologique, interdit l’exploration des hydrocarbures sur le territoire français.
Cette remise en cause intervient dans un contexte énergétique et géopolitique tendu, marqué notamment par la guerre en Ukraine et les inquiétantes ingérences étatsuniennes au Venezuela, au Groenland, en Colombie… Cette proposition de loi apparaît particulièrement inappropriée, dans ce contexte où les modèles énergétiques français et européens sont profondément impactés. Elle soulève aussi de vives interrogations quant à la stratégie projetée par les sénateur.rices pour la Guyane et les territoires ultramarins en matière de souveraineté énergétique, de défense des filières comme la pêche guyanaise, de la protection des littoraux et des océans.
Le texte s’appuie notamment sur la présence supposée de gisements pétroliers offshore exploitables au large de la Guyane, et d’hypothétiques gisements gaziers dans les zones économiques exclusives (ZEE) de Mayotte et des Îles Éparses. Si des gisements sont déjà exploités à plusieurs centaines de kilomètres des frontières guyanaises (au Venezuela, à Trinidad et Tobago, au Guyana, au Brésil et bientôt au Suriname), une production pétrolière en Guyane est plus qu’improbable. Des campagnes d’exploration ont d’ores et déjà été menées ici par plusieurs acteurs majeurs du secteur pétrolier. Les résultats de ces années de recherche peuvent se résumer ainsi : selon Patrick POUYANÉ (Total Energies ) : « il n’y a pas d’hydrocarbures accessibles en Guyane ». Pour être plus complet :
– Entre 1968 et 1974, Elf Aquitaine n’a pas trouvé de pétrole (étude sismique puis 1 forage).
– En 1978, Esso n’a pas trouvé de pétrole (1 forage).
– Entre 2011 et 2013, Tullow Oil et ses partenaires Shell et Total n’ont pas trouvé de pétrole exploitable (seul le premier des 6 forages a permis d’identifier la présence de pétrole à grande profondeur en quantité trop faible pour être exploitable). Les dépenses associées à cette campagne sont évaluées à 1 500 000 000€.
– Entre 2018 et 2019, Total a réalisé (avec beaucoup de difficultés) le dernier forage à date dans lequel ils n’ont pas trouvé de pétrole. L’échec de ce dernier forage a conduit Total à ne pas réaliser les quatre forages suivants pour lesquels ils avaient pourtant l’autorisation.
Le bilan de ces 4 phases d’exploration est sans appel… On rappelle qu’il n’y a pas de pétrole exploitable au large de la Guyane ! Pourquoi vouloir initier une énième phase d’exploration, alors même que l’industrie pétrolière ne le demande pas ?
La recherche de cet Eldorado est une chimère qui apparaît particulièrement ubuesque dans ce contexte où l’urgence est de se libérer du pétrole et des expositions climatiques, géopolitiques et stratégiques majeurs que sa surconsommation engendre. Les élus n’ont-ils pas plus à gagner à accélérer l’autonomie énergétique de territoires comme le nôtre et celui de Mayotte, particulièrement exposés aux bouleversements climatiques actuels et à venir ?
En parallèle de ces campagnes d’exploration, la connaissance des milieux marins au large de la Guyane a fortement progressé. Si la richesse de l’avifaune marine et littoral n’était plus à démontrer et que la Guyane compte de nombreux sites de ponte d’espèces emblématiques de tortues marines, des découvertes importantes ont été faites courant de la dernière décennie. Des récifs coralliens particulièrement originaux découverts par 100 mètres de profondeur en 2018. La présence de 30 espèces de cétacés ont été confirmées, ils sont particulièrement présents sur le talus continental (les eaux guyanaises seraient une zone de mise-bas et de nurserie). Envisager aujourd’hui la possibilité d’accentuer les pressions sur des milieux aussi fragiles qu’exceptionnels relève du non-sens. En parallèle, la pêche locale peine à se développer du fait des pressions exercées par la pêche illégale. Cette filière fragile ne résisterait pas à une marée noire.
En se basant sur les données disponibles, GNE a recensé en moyenne 1 accident majeur par an lors d’opérations d’exploration ou d’exploitation de pétrole Offshore sur les 25 dernières années. Le Brésil a subi deux de ces accidents majeurs en moins d’un an, la 2ième explosion de la plateforme PCH 1 en février 2025 (après une première explosion de cette même plateforme en 2001) et une fuite majeure de fluide de forage au niveau du forage FZA M 059 au large d’Oyapock (à la frontière donc) le 4 janvier 2026. Ce dernier accident rappelle les difficultés rencontrées par Total, à quelques encablures de ce site en 2019, du fait de forts courants sur toute la colonne d’eau. Ces accidents récents laissent présager le pire et mettent en lumière une vraie urgence concernant le pétrole offshore en Guyane, celle d’établir une coopération transfrontalière sur la gestion des marées noires avec le Surinam et le Brésil. Coopération aujourd’hui inexistante.
Par ailleurs, le signal donné par cette proposition de loi est très inquiétant pour les filières de la transition écologique et énergétique en France et plus encore en Guyane et à Mayotte ! L’adopter serait dévastateur, mettant un coup d’arrêt à des projets de transitions énergétiques vitaux pour le territoire et créant de réels emplois locaux. Baser l’autonomie énergétique et le développement économique de la Guyane et de Mayotte sur une très hypothétique production de pétrole ou de gaz en 2040 est un non-sens. Ce retour en arrière environnemental constituerait une dissonance extrême avec les défis qui attendent nos territoires au moment où ils se retrouvent en première ligne face au réchauffement climatique et qui comptera des exilés climatiques parmi ses concitoyens à Yalimapo.
Malgré le manque d’ambition des mandatures Macron sur les aspects environnementaux, la loi Hulot a été un (trop rare) marqueur positif en direction des transitions écologique et énergétique. L’abroger au lendemain du départ des États-Unis du GIEC, signifierait au monde l’ouverture par la France de la curée générale sur les dernières ressources, et ajouterait au chaos ambiant.
C’est pour toutes ces raisons que la fédération Guyane Nature Environnement s’associe à FNE et MNE pour dire non à l’abrogation de la loi Hulot.
Sources :
